L'MIGRI : Mise en scène et adaptation de Mohamed Guellati d'après des textes de Michel Azama, Azouz Begag, André Chays, J-C Grumberg, Mustapha Haciane et Tahar ben Jelloun avec Valérie Quenec'hdu, Laure Smadja, Nicole Rivier, Dominique Comby et Mohamed GuellatiMontage et adaptation de plusieurs textes (sociologiques, théâtraux, ou extraits de romans...) qui personnifient et humanisent les immigrés trop souvent enfermés dans les stéréotypes. Ils représentent des témoignages vécus ou fictifs de différentes étapes du parcours d'un immigré nord-africain et englobent trois générations des années cinquante à nos jours : les nord-africains français qui arrivent en métropole au début des années cinquante, leurs enfants et leurs petits-enfants. Ces textes relatent avec gravité ou humour leur passé, leurs souffrances, leurs espérances, leur histoire... " Forage à vif de la mémoire de l'immigration, spectacle d'une vie livrée, volée, mémoire silencieuse d'un père qui voyage, qui se fond dans la poussière en rêvant du piment rouge et du chaud de la galette de sa mère. Evocation atavique, brute en trois tableaux : L'arrivée d'un père, l'innocence d'un fils, le cri de Nadia, blessure avant la greffe, Une parole rendue, qui dénonce...Qui apaise." C'est pour mes enfants...C'est un spectacle. C'est pour les enfants ? Oui, c'est pour mes enfants quand ils seront grands et qu'ils me demanderont qui étaient leurs grands parents, comment ils sont venus en France, pourquoi ils sont venus. Et qu'ils me demanderont pourquoi je ne sais pas faire la chorba de leur tante, ma frangine (aussi bon que le jambon de montagne de leur mamie de Pontarlier), ou qu'ils s'inquiéteront de la couleur de mes yeux bleus-passe-partout rares chez les arabes puisqu'il ont découvert un jour que j'étais arabe et qu'ils avaient du mal à m'associer aux blagues racistes de l'école (et ils ne connaissent que l'école). Non, en réalité, j'ose espérer que rien de tout cela ne les inquiète et que ces questions et bien d'autres ne taraudent que moi. Mes enfants, à vrai dire, ne tirent souvent que des fiertés de mes origines. Des petits Français, bisontins, contents d'avoir des grands parents Arabes, Algériens. Remarquez, il n'y a pas de quoi en faire un fromage me direz-vous ? «Tout ça, c'est de l'intégration et de l'assimilation», messieurs les sociologues... Et bien je crois que si! Il faut que je leur parle de leurs racines, et de mes difficultés à les avoir acceptées, de mon choix, malgré vents communautaires et marées familiales, de devenir Français "sur les papiers", du voyage extraordinaire que j'ai fait en allant enterrer mon père à 200m de là où il est né, et de boucler ainsi la boucle de la vie d'un homme qui a vendu des moules à Caen, qui était terrassier à Marseille et ailleurs, boucher ambulant, cafetier à Granvillars (90), gérant de cinéma avec son frère, ouvrier chez Peugeot ... Et qui offre une famille à la France en regrettant de ne pas l'offrir à l'Algérie, mais qu'est-ce qu'on y peut, pour moi, j'ai essayé l'Algérie, j'avais 15 ans, j'étais trop français ... Cela serait comme rendre une dignité au parcours de ces maintenant vieux immigrés pétris dans la fonte, la poussière, semblables à de la semence de jardin qui donne une variété de fruits et de légumes français qu'il ne faudrait pas trop fouler.
Mohamed Guellati - Janvier 1997
|