SALETE : Monologue de Robert Schneider avec Mohamed Guellati, mise en scène Moni Grégo Sad est irakien, clandestin en Autriche, vendeur de roses de la nuit. L'auteur interroge nos fantasmes et nos préjugés sur l'Arabe, mais plus généralement sur l'Etranger, l'autre étrange... Un cri insolent, non dénué d'humour. Un texte provocateur, irrévérencieux, déchirant et paradoxal. Un texte théâtral qui déroute. " Ce dont on ne peut pas parler, il faut en parler, ce n'est très élégant, mais la vérité n'est jamais élégante..." Robert Schneider Parlons d'iciJ'avais envie de parler de l'Algérie. D'abord, j'y suis retourné... Tant de belles choses ... Et une autre chose m'a frappée : ces jeunes gens qui veulent partir, La quitter aujourd'hui. Encore. Filières espagnoles, italiennes, anglaises ... Cette fois, (hélas ?) plus besoin de main d'oeuvre en Occident. J'ai pensé au parcours de Sad dans Saleté. "Bassorah, les marécages, Téhéran, Ankara, Varsovie, Stockholm, et maintenant ici ". Partir. Et voilà Sad, Ahmed de ton prénom, le vrai, vendeur de roses aux belles dames d'Europe. Ahmed, un vent parfumé du Sud qui rend jaloux les hommes de quarante ans. Eh ! Arabe, que veux tu ? Saleté, c'est une nuit avec Sad qui ne dort pas ; c'est l'écouter, le regarder. De quoi rêve-t-il ? Il ne dort pas. Il parle. Rêve-t-il encore ? Saleté, c'est vue sur un purgatoire secret, une zone franche non entretenue ; c'est le linge sale de la conscience. Je parlerai de l'Algérie, une autre fois. Je le jure. Tant de belles choses ... Non. Parlons d'ici. Mohamed Guellati 17 avril 2001 .... Là-bas où l'on nous ramène comme à la source des maux, source intarissable semble-t-il, source incertaine dans un là-bas vague, irakien, algérien, albanais (voire) ... Une source, un flux de pauvres qui empêchent la tranquillité d'Ici. Et il y eut nombre de secousses nationales, mondiales, guerres, bruits de guerres, tremblements de terre, tremblements des âmes. 11 septembre 2001 21 avril 2002 Deuxième guerre du Golfe Année de l'Algérie... Avec fébrilité, un acteur entre en scène et se demande si "Saleté" de Robert Schneider résiste encore, résistera encore, à l'actualité... Non, ce texte n'est pas une chronique passagère, un pamphlet antiraciste, un aboiement qui soulage l'animal mécontent. Pas seulement. Saleté : du théâtre contemporain, un poème flamboyant. Mohamed Guellati 18 Février 2004

Sad, vendeur de roses, confiné au plus bas niveau de l'échelle sociale, il rêve, se souvient, mélange, invente, ment, proclame son indignité, comme possédé par un autre qui le haïrait. L'époque ficelle, marchandise, repousse l'humain jusqu'à des limites que semble toucher un tel texte. Ce qui s'entend là, l'acteur, l'espace, va lui donner vie, jusqu'à atteindre la juste respiration où le verbe de Robert Schneider serait à sa place. Sa "Saleté ", la crasse, l'abjection de sa personne (que la société lui renvoie), lui semble une réalité qu'il est le premier à dénoncer. Il devient, à la fois, le sujet et l'objet de son propre rejet. Le personnage de Sad prend corps par la négation de presque tout ce qui fait son être. Il se dissout et se constitue dans un même mouvement, sous nos yeux étonnés par ses joyeuses plongées dans la faillite permanente, par sa candide capacité à surgir des abîmes où le monde le confine, simple et monstrueux. Sad ne fera pas de ce que son temps lui jette aux yeux, lui rentre dans la tête, des tags ou des graffitis, aucune révolte d'aucune sorte, comme on serait en droit de l'attendre d'une génération, d'une appartenance ethnique, opprimées. Il est l'incarnation, le lieu impossible, la confusion palpitante de la plaie et du couteau. Il est un miroir fabuleux qui nous regarde, le reflet d'un monstre très reconnaissable qui apparaît et disparaît tour à tour. Moni Grégo
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